Ça m’a frappée l’autre jour, pendant un brunch dominical avec mes amies. Entre deux bouchées de croissant et des gorgées de jus d’orange pressé, j’ai réalisé quelque chose : nous parlions encore une fois des hommes. Leurs textos ambigus, leurs comportements déconcertants, ce qu’ils ont dit, ce qu’ils n’ont pas dit, ce qu’ils voulaient probablement dire. Et ce n’était pas la première fois.
En fait, quand j’y repense, c’est devenu notre sujet de conversation par défaut. Nos carrières ? Mentionnées brièvement. Nos passions créatives ? À peine effleurées. Nos rêves et nos ambitions ? Mis de côté pour une autre fois. Mais les hommes ? Nous pourrions en parler pendant des heures.
Le moment où tout a basculé
Le vrai déclic est venu quelques semaines plus tard, d’une manière que je n’aurais jamais imaginée. Ma meilleure amie Sophie m’a appelée en pleurs un mardi soir. Mon cœur s’est serré – je pensais immédiatement qu’elle avait rompu avec Thomas. Mais quand elle a finalement réussi à parler entre deux sanglots, elle m’a dit : « J’ai eu la promotion. Celle dont je rêvais depuis trois ans. »
J’ai été submergée de joie pour elle, bien sûr. Mais ensuite, elle a ajouté quelque chose qui m’a transpercée : « Tu te rends compte que tu es la troisième personne que j’appelle ? Et que les deux premières ne savaient même pas que j’avais postulé ? »
Le silence qui a suivi était assourdissant. J’ai réalisé avec honte que moi non plus, je ne le savais pas. Pourtant, Sophie et moi nous parlions presque tous les jours. Je connaissais par cœur toutes les disputes qu’elle avait eues avec Thomas au cours des six derniers mois, chaque petit geste romantique, chaque doute. Mais son plus grand accomplissement professionnel ? Je l’avais complètement raté.
« Je me sens invisible, » a-t-elle murmuré. « Parfois, j’ai l’impression que je n’existe que comme la copine de quelqu’un, même pour mes propres amies. »
Ces mots m’ont brisé le cœur. Parce que je savais qu’elle avait raison. Et pire encore, je savais que moi aussi, je me sentais souvent comme ça.
Comment en sommes-nous arrivées là ?
Je me souviens d’une époque où nos conversations étaient différentes. Au lycée, Sophie et moi parlions de nos rêves d’ouvrir un jour notre propre entreprise. À l’université, nous débattions de livres qui nous bouleversaient, partagions nos angoisses existentielles, imaginions les femmes que nous voulions devenir. Mais quelque part en chemin, subtilement et sans qu’on s’en aperçoive, les hommes ont commencé à occuper de plus en plus d’espace dans nos discussions.
Ce n’est pas que ces conversations ne sont pas importantes. Les relations sont une partie significative de nos vies, et il est naturel de vouloir en discuter avec ses amies. Le problème, c’est quand ça devient la seule chose dont nous parlons, quand nos identités entières semblent se réduire à nos relations avec les hommes ou à notre recherche d’une relation.
Le reflet d’une culture plus large
Cette habitude ne surgit pas de nulle part. Nous grandissons immergées dans une culture qui nous dit que notre valeur est liée à notre capacité à attirer et à garder un partenaire. Les films, les séries, les chansons populaires, les magazines – tout renforce l’idée que trouver l’amour romantique devrait être notre objectif principal. Même nos propres familles demandent souvent en premier : « Alors, tu vois quelqu’un ? »
Les réseaux sociaux ont amplifié cette tendance. Nous analysons les stories Instagram, décodons les interactions en ligne, comparons nos vies amoureuses à des versions soigneusement élaborées du bonheur des autres. Il n’est pas étonnant que nos conversations reflètent cette obsession.
Ce que nous perdons
Après cet appel avec Sophie, j’ai passé des heures éveillée cette nuit-là, repensant à toutes nos conversations récentes. Combien de fois avais-je demandé à mes amies comment elles allaient vraiment, au-delà de leurs relations ? Quand avais-je pour la dernière fois célébré les victoires professionnelles d’une amie avec la même énergie que j’analysais ses problèmes de couple ?
J’ai commencé à remarquer que je connaissais les moindres détails de la situation amoureuse compliquée de chacune, mais je ne pouvais pas me rappeler les projets qui les animaient vraiment. Une amie écrivait un roman depuis des années – où en était-elle ? Une autre voulait changer de carrière – avait-elle franchi le pas ? J’en avais aucune idée.
Le plus douloureux, c’était de réaliser que moi aussi, je m’étais perdue dans tout ça. Quand avais-je parlé pour la dernière fois de mes propres ambitions avec passion ? Quand avais-je partagé mes peurs les plus profondes qui n’avaient rien à voir avec être aimée ou non ?
Reprendre le contrôle de nos conversations
Le lendemain de cet appel bouleversant, j’ai organisé un dîner avec Sophie et nos amies proches. Avant même que quelqu’un puisse mentionner un homme, j’ai levé mon verre et j’ai dit : « À Sophie, notre future directrice créative, qui a décroché la promotion de ses rêves. »
Le silence qui a suivi était différent cette fois. C’était un silence de prise de conscience. Puis les questions ont fusé – des vraies questions, pleines de curiosité et d’admiration. Sophie a parlé pendant une heure de son parcours, de ses doutes, de sa fierté. Et pour la première fois depuis longtemps, je l’ai vue briller d’une lumière qui n’avait rien à voir avec être validée par un homme.
Ce soir-là, nous avons instauré une nouvelle règle : les trente premières minutes de chaque rencontre seraient consacrées à nous – nos projets, nos réussites, nos défis personnels. Les hommes pouvaient attendre.
Retrouver notre voix
Quelques mois ont passé depuis ce dîner, et nos conversations ont changé. Pas du jour au lendemain, mais progressivement. Nous parlons toujours des hommes et des relations, bien sûr. Mais maintenant, nous parlons aussi de nos promotions, de nos créations artistiques, de nos peurs face au futur, de nos rêves les plus fous.
Sophie m’a dit récemment : « Tu sais ce qui est drôle ? Depuis que nous parlons davantage de nos vies au-delà des hommes, je me sens plus épanouie dans ma relation aussi. C’est comme si j’avais retrouvé des parties de moi que j’avais oubliées. »
La prochaine fois que vous verrez vos amies, essayez ceci : avant de plonger dans les derniers drames romantiques, demandez-leur ce qui les fait vibrer en ce moment. Partagez quelque chose qui vous a inspirée récemment, un défi que vous affrontez, un rêve que vous chérissez. Vous pourriez être surprise de voir à quel point ces conversations deviennent plus profondes et plus satisfaisantes.
Parce qu’en fin de compte, nous sommes tellement plus que nos histoires d’amour. Nous sommes des femmes brillantes, ambitieuses, créatives, complexes. Et nos amitiés méritent de refléter toute cette richesse.






