Au Cameroun, choisir un prénom, c’est toute une histoire. Littéralement. Mon grand-père me racontait qu’à sa naissance, toute la famille s’est réunie trois jours pour décider de son nom. Parce qu’ici, un prénom ne se donne pas à la légère – il raconte quelque chose, il porte un message, parfois même une prophétie.
Voici les prénoms que j’entends le plus autour de moi, avec ce qu’ils signifient vraiment (pas juste la version « officielle », mais ce que les gens en pensent vraiment).
1. Fabrice / Fabriceh
Alors celui-là, c’est LE prénom de ma génération. Dans ma classe au lycée, on était quatre Fabrice. Techniquement c’est un prénom français, mais au Cameroun il a pris une autre dimension. Les parents le donnent en espérant que leur fils réussira dans les études, qu’il deviendra quelqu’un d’important. Mon cousin Fabrice est devenu ingénieur, et ma tante dit toujours « Tu vois ? Le prénom porte chance ». Bon, l’autre Fabrice de mon quartier vend des téléphones au marché, mais elle n’en parle jamais.
2. Ngassa
Ngassa, c’est un prénom lourd de sens sur la côte. Mon ami Ngassa déteste quand on lui demande « ça veut dire quoi ? », parce que la réponse est compliquée. Ça a un rapport avec la mer, avec l’autorité des anciens, avec cette force tranquille que les vieux ont au village. Son père lui a dit un jour : « Tu portes le nom de nos ancêtres, ne le salit pas. » Pas de pression, quoi.
3. Ekema / Ekéma
Ekema, c’est le prénom des chefs. Enfin, en théorie. Dans ma famille Béti, mon oncle Ekema travaille dans un cyber-café. Mais bon, ça n’empêche pas que le prénom garde sa prestance. Quand quelqu’un s’appelle Ekema, on lui doit un certain respect, même inconsciemment. C’est bizarre à expliquer, mais c’est comme ça. Ça signifie « celui qui guide », et franchement, mon oncle guide très bien les gens pour imprimer leurs documents.
4. Tchinda
Dans l’Ouest, Tchinda c’est hyper courant. Homme ou femme, peu importe. Ma voisine s’appelle Tchinda, et elle m’a raconté qu’on lui a donné ce prénom parce qu’elle est née après que sa mère ait fait trois fausses couches. Tchinda, c’est l’enfant de la persévérance, celui qui arrive après la tempête. Maintenant elle a quatre enfants et elle dit en rigolant : « Bon, la persévérance, j’ai compris le message. »
5. Ebong
Ebong, je connais surtout des gens plus âgés qui portent ce prénom. C’est un nom solide, stable, rassurant. Mon professeur d’histoire au lycée s’appelait Ebong. Il était toujours là, jamais absent, toujours fiable. Un jour un élève a dit : « Monsieur Ebong, c’est comme le pilier de l’école. » Et tout le monde a acquiescé. Le prénom colle à la personne, ou la personne colle au prénom ? Je ne sais pas.
6. Mbida
Mbida, c’est classe. C’est noble. C’est un prénom qu’on donne pas à n’importe qui. Enfin, c’est ce que disent les vieux. Mon grand-père connaissait un Mbida qui était juge, un autre qui était pasteur. Aujourd’hui, mon collègue Mbida bosse dans une ONG. Le prénom semble attirer le respect, même si franchement, lui il est timide et déteste être au centre de l’attention.
7. Awa
Awa ! Combien d’Awa j’ai croisées dans ma vie ? Des dizaines. C’est LE prénom féminin par excellence dans le Nord. Doux, simple, intemporel. Ma cousine Awa dit que c’est un prénom « passe-partout », qu’elle peut aller n’importe où dans le monde, les gens arrivent à le prononcer. Et c’est vrai. Par contre, elle en a marre qu’on l’écrive « Hawa », « Aoua » ou « Awah ». « C’est A-W-A, point barre. »
8. Simo
Simo, c’est court, c’est vif, c’est moderne. Mon petit frère s’appelle Simo et ça lui va bien. Il est rapide, malin, toujours en mouvement. Mes parents disent qu’ils ont choisi ce prénom parce qu’il traverse les régions sans problème. Un Simo de l’Ouest sera accepté au Centre, un Simo du Centre sera bien accueilli au Littoral. C’est un prénom-caméléon.
9. Nana
Nana, attention, c’est pas juste un prénom. Dans l’Ouest, c’est un titre. Genre, un VRAI titre de chef traditionnel. Alors quand tu t’appelles Nana, même si t’es pas chef, les gens te regardent différemment. J’ai un ami Nana qui bosse dans une banque. Ses collègues l’appellent « le boss » même s’il ne l’est pas. Le prénom fait tout. Par contre, en dehors du Cameroun, les gens pensent que c’est un diminutif de grand-mère. Lui, ça le fait rire jaune.
10. Minka
Minka, je l’entends moins chez les jeunes, mais c’est un beau prénom. Ma tante Minka a 58 ans, et elle incarne exactement ce que le prénom représente : la sagesse, la stabilité, cette personne sur qui toute la famille compte. Quand il y a un problème, on appelle tante Minka. Quand il faut un conseil, on va voir tante Minka. Le prénom l’a-t-il façonnée ? Ou est-ce elle qui a donné du sens au prénom ? Mystère.
Ce que je retiens de tout ça
Les prénoms camerounais, c’est pas juste une question de sonorité. C’est une responsabilité, une identité, parfois un fardeau. Certains portent leur prénom avec fierté, d’autres aimeraient bien qu’on arrête de leur demander « ça veut dire quoi ? ».
Mais une chose est sûre : même avec la mondialisation, même avec l’influence occidentale, ces prénoms résistent. Ils se transmettent, ils se modernisent parfois, mais ils ne disparaissent pas.
Et franchement ? C’est beau de voir un enfant porter le même prénom que son arrière-grand-père, avec tout ce que ça implique.






