Thomas Fuller, le « génie calculateur » qui restait esclave

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États-Unis, 1788. Douze ans que le pays a rompu avec l’Angleterre, mais l’esclavage ? Toujours là. Et parmi ces milliers d’esclaves, il y avait Thomas Fuller. Un prodige du calcul mental qui ne savait ni lire ni écrire.

Personne ne sait vraiment d’où il venait. Afrique de l’Ouest, probablement, mais quelle région exactement ? Mystère. Ce qu’on sait, c’est qu’en 1724, il débarque en Amérique dans un navire négrier. Vous imaginez ces traversées — des centaines de personnes enchaînées dans des cales, entassées, beaucoup meurent avant même d’arriver. Ceux qui survivent sont vendus comme du bétail.

Thomas passe d’abord par les Antilles. Vendu une fois, deux fois, plusieurs fois. Il finit en Virginie. Un esclave, ça n’a aucun droit. Tu appartiens à quelqu’un, point. Normalement, son histoire s’arrête là.

Sauf qu’un soir, il surprend ses maîtres en train de discuter. Ils galèrent avec un calcul — combien vendre leurs vaches, quel prix demander. Thomas intervient. Leur donne le bon chiffre, direct, sans hésiter. Les maîtres restent bouche bée. Comment un esclave qui ne sait pas lire peut-il calculer aussi vite ?

La nouvelle se répand dans la région. Le génie qui compte de tête. Les offres d’achat affluent — tout le monde veut ce calculateur vivant. Ses maîtres refusent. Thomas vieillit sur place. On l’oublie progressivement.

Puis en 1788, soixante-quatre ans après son arrivée, deux hommes débarquent chez lui. Des abolitionnistes. Ils cherchent des preuves que les Noirs sont les égaux intellectuels des Blancs. Thomas Fuller devient leur exemple parfait.

D’où venait ce talent ? Impossible à dire avec certitude, mais des historiens pensent qu’il a appris jeune, avant d’être capturé. Le calcul mental se pratiquait en Afrique à l’époque — des techniques de décomposition, des systèmes avec des cordes nouées. Des méthodes que l’Occident ignorait totalement.

Thomas Fuller est mort peu après, en 1790. On raconte qu’il pouvait multiplier des nombres à neuf chiffres de tête en quelques minutes. Un génie enfermé dans un système qui le considérait comme une propriété.

Étrange ironie : ses maîtres ne savaient pas compter. Lui si. Mais c’est eux qui étaient libres.

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